Depuis le 1ᵉʳ avril 2025, la CPAM a réduit de plus de 20 % le plafond des indemnités journalières versées en cas d’arrêt maladie, passant de 53,31 € à 41,47 € par jour, une mesure qui coûte environ 680 € à un salarié moyen sur deux mois d’arrêt, sans communication préalable aux assurés.
Le décret n°2025-160, publié au Journal officiel le 21 février 2025, a abaissé le plafond de calcul des indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS) de 1,8 à 1,4 fois le SMIC, avec effet au 1ᵉʳ avril 2025. Pour un salarié gagnant 2 800 € bruts par mois, cette réduction représente une perte de 680 € sur deux mois d’arrêt maladie, une somme que la plupart des assurés découvrent seulement au moment du versement. Cet article explique comment ce plafonnement fonctionne concrètement, qui est vraiment concerné, et pourquoi cette mesure a été dénoncée comme une « ponction » sans concertation préalable.
Comment la CPAM calcule vos indemnités maladie : le nouveau plafond expliqué
Le calcul des indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS) repose sur une formule simple, mais dont les détails changent tout.
La CPAM additionne vos trois derniers salaires bruts, divise ce total par 91,25 pour obtenir votre salaire journalier de base, puis applique un taux de 50 %. C’est ce résultat qui constitue votre indemnité journalière — dans la limite d’un plafond fixé par décret.
Ce plafond, c’est précisément là que tout se joue depuis le 1ᵉʳ avril 2025.
Avant cette date, le plafond était fixé à 1,8 fois le SMIC, soit 53,31 € brut par jour. Depuis le 1ᵉʳ avril 2025, il est abaissé à 1,4 fois le SMIC, soit 41,47 € brut par jour (d’après les calculs du CTIP basés sur le SMIC 2025 de 1 801,80 €). La baisse est de 11,84 € par jour, soit plus de 20 %.
Concrètement : pour un salaire brut de 2 800 €/mois, le salaire journalier de base est d’environ 91,78 € (2 800 × 3 ÷ 91,25). L’IJSS théorique à 50 % serait de 45,89 € — mais ce montant dépasse le nouveau plafond de 41,47 €. C’est donc ce plafond qui s’applique, soit une perte de 11,84 €/jour et environ 680 € sur deux mois d’arrêt.
Note : en 2026, le plafond évolue en deux temps. Pour les arrêts prescrits entre le 1ᵉʳ février et le 30 juin 2026, il est fixé à 41,95 €/jour (salaire plafonné à 2 552,25 €, base SMIC janvier 2026). Pour les arrêts prescrits à compter du 1ᵉʳ juillet 2026, il passe à 42,97 €/jour (salaire plafonné à 2 613,83 €, base SMIC juin 2026 = 1 867,02 €), d’après Ameli.fr et Service-Public.gouv.fr. Les salariés dont le salaire brut est inférieur au plafond applicable ne sont pas concernés par la restriction.
Un point de précision qui compte : la CPAM n’a pas décidé seule de cette réduction. Elle applique le décret n°2025-160, qui traduit une décision politique inscrite dans le budget 2025 de la Sécurité sociale. La CPAM est l’exécutant, pas l’auteur, mais c’est bien elle qui verse, ou ne verse plus, les sommes en question.
Pourquoi la CPAM a réduit les indemnités : l’absence de communication qui fâche
La réduction du plafond des IJSS n’est pas tombée du ciel. Elle s’inscrit dans une logique budgétaire assumée par le gouvernement dans le cadre du budget 2025 de la Sécurité sociale. L’économie attendue : entre 600 et 800 millions d’euros par an, selon des sources gouvernementales.
Pour financer ces économies, le gouvernement a choisi de faire peser l’effort sur les assurés en arrêt maladie. Plus d’un salarié sur deux serait concerné — le CTIP (aujourd’hui FIPS) estimait ce chiffre à environ 13 millions de personnes en février 2025, sur la base d’un salaire médian de 2 820 €.
Ce qui fâche, ce n’est pas seulement la mesure elle-même : c’est la méthode.
Le Centre technique des institutions de prévoyance (CTIP), devenu la FIPS (Fédération des institutions paritaires de protection sociale) en janvier 2026, a été particulièrement direct dans sa réaction de février 2025 : « Les salariés et les entreprises subissent une nouvelle ponction de 800 millions d’euros alors que rien ne le justifie et qu’aucune concertation n’a été menée. » Cette déclaration résume le reproche principal : une décision unilatérale, sans dialogue avec les partenaires sociaux, sans préavis pour les assurés.
Car les assurés, eux, n’ont reçu aucune communication préalable. Ni courrier, ni notification sur le compte Ameli, ni campagne d’information. La réduction s’est appliquée silencieusement. Les salariés en arrêt depuis le 1ᵉʳ avril 2025 ont découvert la baisse au moment du versement, parfois plusieurs semaines après le début de leur arrêt.
Cette absence de transparence n’est pas un accident. Elle s’inscrit dans un cumul de restrictions discrètes. Depuis le 1ᵉʳ septembre 2024, l’Assurance maladie a également mis fin à sa tolérance d’indemnisation des périodes non prescrites entre deux arrêts, week-ends, jours fériés. Désormais, si une reprise de travail de plus de 48 heures sépare deux arrêts pour la même affection, la prolongation est soumise à un nouveau délai de carence de 3 jours. Une perte supplémentaire, là encore sans communication grand public.
Deux restrictions en moins d’un an, aucune campagne d’information : les assurés paient la facture sans avoir été prévenus.
Arrêt maladie : comment limiter la casse financière
La baisse du plafond des IJSS est réelle, mais elle n’est pas sans recours.
Le Code du travail prévoit une obligation légale de maintien de salaire par l’employeur, dès lors que vous justifiez d’un an d’ancienneté. Attention : ce complément ne démarre qu’au 8ᵉ jour d’arrêt, un délai de carence de 7 jours s’applique côté employeur, distinct des 3 jours de carence de la CPAM. Pendant les 30 premiers jours d’indemnisation (jours 8 à 37), votre employeur doit compléter les IJSS pour vous garantir 90 % de votre salaire brut habituel. Les 30 jours suivants, ce taux descend à 66,66 %. Ce mécanisme fonctionne indépendamment du niveau des IJSS versées par la CPAM : si ces dernières baissent, l’employeur doit combler la différence pour atteindre le seuil légal.
Autrement dit, pour un salarié avec un an d’ancienneté, la baisse du plafond des IJSS est partiellement absorbée par l’obligation légale de l’employeur — mais seulement à partir du 8ᵉ jour d’arrêt, et pendant 60 jours d’indemnisation au minimum.
Au-delà de ce minimum légal, votre convention collective peut prévoir des garanties plus favorables. Certaines conventions maintiennent 100 % du salaire net pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. D’autres suppriment le délai de carence de 3 jours, ce délai pendant lequel la CPAM ne verse rien, et qui court à partir du 4ᵉ jour d’arrêt seulement.
Les contrats de prévoyance collectifs, souscrits par l’employeur, peuvent également compenser une partie de la perte liée au nouveau plafond. Ces contrats prennent souvent le relais au-delà de ce que verse la CPAM, selon des modalités propres à chaque accord d’entreprise.
Deux points pratiques à retenir. D’abord, le délai de carence : les IJSS ne commencent qu’à partir du 4ᵉ jour d’arrêt. Les 3 premiers jours ne sont indemnisés par la CPAM dans aucun cas, sauf si votre convention collective ou votre employeur prend en charge ce délai. Ensuite, la durée maximale d’indemnisation : le régime général plafonne les IJSS à 360 jours d’indemnisation par période de 3 ans consécutifs, tous arrêts confondus.
La réduction du plafond des IJSS est une réalité depuis avril 2025, et elle affecte directement plus de la moitié des salariés français, mais elle n’est pas une fatalité financière si vous connaissez vos droits. L’obligation légale de maintien de salaire par l’employeur et les protections offertes par votre convention collective peuvent compenser une partie de cette perte, à condition de les activer dès le début de votre arrêt.
Avez-vous vérifié votre convention collective pour savoir si elle vous offre une meilleure couverture que le minimum légal en cas d’arrêt maladie ?
