Votre Livret A prête à EDF pour financer les six réacteurs EPR2, mais son taux de 1,7 % reste inférieur à l’inflation : votre épargne finance le nucléaire tout en perdant du pouvoir d’achat.
Le projet de loi de finances pour 2027, présenté le 1ᵉʳ octobre 2026, crée une ligne budgétaire inédite : le programme 387, doté de 137 millions d’euros dès 2027. Cet argent ne construit aucun réacteur, il sert à abaisser le taux du prêt que l’épargne du Livret A accorde à EDF.
Pendant ce temps, le rendement réel de votre livret reste négatif. Le taux s’établit à 1,7 % depuis le 1ᵉʳ août 2026, quand l’inflation atteint 3 % en septembre. L’épargnant finance ainsi un programme de long terme sans être rémunéré à hauteur de la hausse des prix.
1,7 % contre 3 % : l’écart qui pèse sur votre épargne
Le taux annuel du Livret A est fixé à 1,7 % depuis le 1ᵉʳ août 2026, contre 1,5 % auparavant, comme le confirme Service Public. Les intérêts sont calculés le 1ᵉʳ et le 16 de chaque mois. Face à une inflation de 3 % en septembre, ce rendement ne compense pas la hausse des prix.
Le taux est révisé chaque 1ᵉʳ février et 1ᵉʳ août, selon une formule fixée par arrêté. L’inflation de septembre pousse la prochaine révision vers 2,4 à 2,5 % en février. Plus le Livret A paie, plus l’argent prêté au nucléaire coûte cher au Fonds d’épargne. Découvrez notre article sur le Livret A et LEP : pourquoi février 2027 pourrait améliorer le rendement de votre épargne.
137 millions d’euros pour baisser le taux du prêt accordé à EDF
Le programme « Nouveau Nucléaire Français » prévoit six réacteurs EPR2, construits par paires à Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et au Bugey (Ain). Le premier, à Penly, vise une mise en service à l’horizon 2038.
Le montage a été arrêté le 12 mars 2026 lors du Conseil de politique nucléaire réuni à Penly. Le coût maximal annoncé atteint 72,8 milliards d’euros, exprimés en euros 2020. Le Fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, qui centralise l’argent des livrets réglementés, doit prêter 60 % de cette somme, soit environ 43,7 milliards d’euros.
Environ 59,5 % des encours remontent à ce fonds, qui gère près de 400 milliards d’euros d’actifs. Les 137 millions d’euros inscrits pour 2027 couvrent la différence entre le coût de cet argent et le taux, plus bas, consenti à la filiale d’EDF. Ni ce taux ni la durée du prêt ne figurent dans le dossier.
Les estimations de coût ont déjà bougé. La Cour des comptes évaluait fin 2023 les six EPR2 à 67,4 milliards d’euros (2020), et Alternatives économiques chiffre la note finale possible à près de 250 milliards d’euros.
Ce qui ne change pas pour votre livret, et ce qui attend 2038
Pour l’épargnant, les règles ne changent pas. Le taux reste calculé par la même formule, sans lien avec le prêt accordé à EDF. Le plafond demeure à 22 950 € pour un Livret A et 12 000 € pour un LDDS. Les retraits restent libres et immédiats, et la garantie de l’État sur les sommes déposées n’est pas modifiée.
Le second pilier du montage, un contrat de prix garanti entre l’État et EDF plafonné à 100 € par mégawattheure, ne touche pas la facture d’un ménage en 2027 : aucun réacteur ne produira avant une douzaine d’années.
Le texte n’est pas voté. Il entre au Parlement pour plusieurs semaines de débats, dans une année électorale où le gouvernement présente son budget comme « réversible ». La décision finale d’EDF est attendue fin 2026, et le feu vert de la Commission européenne reste nécessaire. Retrouvez aussi notre article sur la facture EDF 2026 : cette mauvaise surprise que vous n’avez sûrement pas anticipée.
Pour l’épargnant, le constat reste le même : l’argent du Livret A finance un chantier à trente ans pendant qu’il est rémunéré sous le niveau de l’inflation.
