Arrêt maladie 8 mois avant mes 60 ans : la Carsat a validé mon trimestre mais effacé mes meilleures années de salaire

Votre arrêt maladie de 8 mois a bien validé 4 trimestres auprès de la Carsat, mais ces trimestres « assimilés » n’ont généré aucune cotisation vieillesse : vos indemnités journalières ne comptent pas dans le calcul de vos 25 meilleures années de salaire, ce qui réduit mécaniquement votre pension. Trimestres assimilés ≠ salaire cotisé.

Un arrêt maladie de 60 jours ou plus génère automatiquement un trimestre d’assurance retraite reconnu par la Carsat. Mais si vous approchez de la retraite, cette validation peut paradoxalement faire baisser le montant de votre pension en remplaçant une bonne année de salaire par une année sans cotisation. Ce n’est pas une erreur administrative : c’est une contradiction structurelle du système.

Arrêt maladie : comment un trimestre est validé sans générer de cotisation

La règle est simple, presque rassurante au premier abord. Pour chaque période de 60 jours indemnisés par la Sécurité sociale lors d’un arrêt maladie, un trimestre d’assurance retraite est automatiquement validé, dans la limite de 4 trimestres par an. Huit mois d’arrêt, soit environ 240 jours, vous donnent donc droit à 4 trimestres reconnus par la Carsat.

Sauf que ces trimestres ne sont pas des trimestres cotisés. Ce sont des trimestres dits « assimilés ».

La distinction est capitale. Un trimestre assimilé compte pour votre durée d’assurance totale, celui qui détermine si vous avez droit au taux plein. Mais il ne correspond à aucune cotisation vieillesse réelle. Vos indemnités journalières, versées par l’Assurance maladie pendant votre arrêt, ne sont pas soumises à cotisation vieillesse. Elles n’apparaissent donc pas dans le calcul de votre Salaire Annuel Moyen (SAM).

Un détail technique aggrave encore la situation. Le délai de carence de 3 jours s’applique aux salariés : un arrêt de 60 jours calendaires ne comporte en réalité que 57 jours indemnisés. Si votre arrêt chevauche deux années civiles, les jours morcelés de moins de 60 jours en fin d’année sont reportés à l’année suivante pour le calcul des trimestres assimilés. Le compte peut donc être moins favorable que prévu.

La Carsat applique ces règles sans marge d’appréciation : la validation d’un trimestre assimilé et l’exclusion des indemnités journalières du SAM sont deux mécanismes distincts, tous deux prévus par le Code de la Sécurité sociale. L’institution n’a pas commis d’erreur. Le système, lui, crée une contradiction. Découvrez notre article sur l’arrêt maladie : cette case sur votre avis d’arrêt peut vous faire perdre vos indemnités journalières si vous sortez de chez vous.

Le piège du SAM : comment votre arrêt maladie efface vos meilleures années de salaire

Votre retraite de base est calculée sur la moyenne de vos 25 meilleures années de salaires bruts. C’est ce qu’on appelle le SAM, le Salaire Annuel Moyen. Plus ce SAM est élevé, plus votre pension est haute.

Mais une année d’arrêt maladie ne génère aucun salaire cotisé. Elle ne peut donc pas figurer parmi vos 25 meilleures années. Pire : si vous approchez de la retraite, cette année sans salaire cotisé peut venir remplacer dans le calcul une année où vous étiez bien payé. Votre SAM baisse. Votre pension baisse.

Prenons un exemple chiffré. Un salarié qui gagne 40 000 euros bruts annuels passe en arrêt maladie. Depuis la réforme du 1ᵉʳ avril 2025, le plafond de calcul des indemnités journalières a été abaissé à 1,4 fois le SMIC : le maximum versé par la CPAM est désormais de 41,95 euros bruts par jour. Sur 8 mois d’arrêt (environ 237 jours indemnisés après carence), cela représente au maximum 9 942 euros d’indemnités, contre 40 000 euros de salaire cotisé. Cette année-là, aucun salaire n’est reporté au SAM. Si elle vient remplacer une bonne année dans le calcul des 25 meilleures, la perte sur la pension de base peut atteindre plusieurs dizaines d’euros par mois, soit plusieurs centaines d’euros par an. Sur 20 ans de retraite, l’impact est significatif.

C’est là que réside l’injustice structurelle. La Carsat valide bien un trimestre assimilé, vous progressez vers le taux plein. Mais l’année correspondante est effacée du calcul du montant de votre pension. Vous gagnez des trimestres. Vous perdez de l’argent mensuel. Les deux mécanismes coexistent dans le même système, appliqués par la même institution, sans que l’un compense l’autre.

Ce paradoxe frappe en priorité les salariés en fin de carrière : ce sont eux qui ont les meilleures années de salaire à protéger, et le moins de temps pour compenser la perte.

Carrière longue et retraite complémentaire : les deux autres pièges à connaître

Si vous envisagiez un départ anticipé au titre de la carrière longue, l’arrêt maladie crée un deuxième problème, distinct du premier.

Pour ce dispositif, la condition porte sur les trimestres cotisés ou « réputés cotisés ». Les trimestres assimilés maladie ne sont pas totalement exclus : jusqu’à 4 trimestres d’arrêt maladie peuvent être intégrés dans le décompte requis pour un départ anticipé. Mais au-delà de ce plafond, les trimestres assimilés supplémentaires ne comptent pas. Un arrêt maladie de 8 mois peut donc vous bloquer à la porte d’un départ anticipé si vous avez déjà consommé ce quota, ou si votre durée de trimestres cotisés reste insuffisante. Vous avez les trimestres sur le papier. Vous n’avez pas forcément les bons trimestres.

Du côté de la retraite complémentaire, la protection est partielle. Si votre arrêt dépasse 60 jours consécutifs, des points AGIRC-ARRCO vous sont attribués sans cotisation, dans la limite des points acquis l’année précédente. Mais cette protection ne compense pas la perte subie sur la retraite de base via le SAM : les deux régimes fonctionnent selon des logiques distinctes.

Trois mécanismes distincts, trois impacts négatifs potentiels, un seul arrêt maladie, et aucun filet global pour les absorber simultanément.

Ce qu’il faut retenir

La Carsat n’a pas commis d’erreur en validant votre trimestre : elle applique la loi telle qu’elle existe. Mais cette loi crée une injustice structurelle où les trimestres assimilés vous protègent pour la durée d’assurance tout en vous pénalisant sur le montant de votre pension.

La Cour des comptes a relevé que 10,5 % des pensions nouvellement liquidées en 2024 comportaient une erreur financière, dans la grande majorité des cas défavorable aux assurés, pour un impact estimé à 900 millions d’euros sur la durée de vie des retraités concernés. Vérifier son relevé de carrière sur Info-Retraite et conserver tous les justificatifs d’arrêt maladie reste le minimum pour s’assurer que les trimestres assimilés sont bien enregistrés, et pour mesurer précisément ce que l’arrêt a coûté en SAM. Un entretien d’information retraite est disponible dès 45 ans auprès de l’Assurance retraite pour anticiper ces situations avant qu’il ne soit trop tard pour agir. Retrouvez aussi notre article sur les 15 ans d’arrêt maladie, 5 000 €/mois sans interruption : ce que la justice a refusé à ce salarié.

Avez-vous consulté votre relevé de carrière et simulé l’impact exact de votre arrêt maladie sur votre montant de pension avant de demander votre liquidation ?

Jacqueline

Experte en entrepreneuriat, offrant des conseils pratiques pour aider les entrepreneurs à développer et réussir leurs entreprises.

Laisser un commentaire

Dans la même catégorie

Vous avez des questions ou un projet en tête ?

8mars15h40.fr 2025 Tous droits réservés