Le budget 2027 pourrait épargner les grands impôts nationaux tout en alourdissant discrètement la note pour certains retraités, salariés en arrêt maladie et employeurs.
Le gouvernement promet de ne pas augmenter les impôts de façon généralisée. Sébastien Lecornu a également écarté un gel du barème de l’impôt sur le revenu, une mesure qui aurait fait entrer mécaniquement davantage de foyers dans l’impôt sous l’effet de l’inflation. Roland Lescure assure de son côté que la TVA ne sera pas modifiée.
Cette stabilité affichée ne signifie pourtant pas que tous les prélèvements resteront identiques. Le taux de prélèvements obligatoires atteindrait 44,2 % du produit intérieur brut en 2027, contre 43,9 % en 2026. Cette progression de 0,3 point représenterait environ 9 milliards d’euros supplémentaires.
Des impôts stables, mais des recettes en hausse
La ligne choisie par l’exécutif consiste à éviter une mesure générale visible sur les feuilles d’impôt tout en recherchant des recettes ciblées. Le gouvernement mise notamment sur la réduction de certaines niches fiscales et sur un renforcement de la lutte contre la fraude, dont il espère tirer un milliard d’euros supplémentaire.
La contrainte budgétaire dépasse la seule question des niches. Dans un document budgétaire consacré à l’exercice 2026, le ministère chargé du Budget chiffre à 12,3 milliards d’euros la progression de la charge de la dette par rapport à la loi de finances initiale. Ce montant, daté de 2026, éclaire la pression qui pèse déjà sur les dépenses de l’État avant les arbitrages pour 2027.
Toutes les dépenses fiscales ne seraient pas traitées de la même façon. Parmi les quelque 450 niches existantes, le crédit d’impôt de 50 % pour les services à la personne serait préservé. Le crédit d’impôt recherche et le pacte Dutreil, utilisé lors de certaines transmissions familiales d’entreprises, resteraient également à l’écart du rabot annoncé. Découvrez notre article sur le budget 2027 : les petites retraites seraient protégées, mais tous les pensionnés ne sont pas à l’abri.
Retraites et arrêts maladie parmi les pistes les plus sensibles
Les retraités pourraient supporter une partie de l’effort. Le gouvernement envisage d’abaisser à 3 000 euros le plafond de l’abattement de 10 % applicable aux pensions et aux rentes, contre 4 439 euros actuellement. La mesure rapporterait 1,4 milliard d’euros selon une estimation provenant de l’exécutif.
Le dispositif ne supprimerait donc pas nécessairement l’abattement, mais il en réduirait l’avantage pour les personnes dont la pension permet aujourd’hui d’atteindre le plafond supérieur. L’effet exact sur chaque foyer dépendrait du revenu imposable, du nombre de parts et de la rédaction finalement retenue dans le texte budgétaire.
Une autre piste concerne la revalorisation des pensions. Entre 1 260 et 2 034 euros de pension mensuelle, leur hausse pourrait rester inférieure à l’inflation. Au-delà de 2 034 euros, aucune revalorisation liée à l’inflation ne serait appliquée. Ces seuils restent à confirmer dans le projet présenté au Parlement.
Les indemnités versées pendant certains arrêts maladie sont aussi visées. Sébastien Lecornu a annoncé que les ministres proposeraient de fiscaliser des indemnités liées aux arrêts de travail afin de contribuer au financement de l’Assurance maladie. L’objectif affiché porte sur environ 2 milliards d’euros d’efforts.
Les indemnités associées à une affection de longue durée sont actuellement exonérées d’impôt. Celles versées à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle bénéficient d’une exonération de 50 %. La future réforme devra préciser quelles indemnités seraient concernées et si ces protections seraient maintenues en totalité ou en partie.
Les entreprises pourraient également payer davantage
Le budget pourrait prolonger le gel du barème de certains allègements de cotisations patronales. Au printemps 2026, la hausse du Smic n’avait pas été accompagnée d’un relèvement équivalent de ces allègements, ce qui devait permettre une économie estimée à 2 milliards d’euros.
Une extension de l’assiette des rémunérations retenues pour calculer les exonérations est aussi envisagée. Elle pourrait procurer entre 3 et 3,5 milliards d’euros d’économies supplémentaires, mais les paramètres de cette mesure ne sont pas encore arrêtés.
La contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises serait parallèlement reconduite. Son rendement attendu descendrait de 7,5 à 5 milliards d’euros. Là encore, il ne s’agirait pas d’une hausse appliquée à tous les contribuables, mais d’un prélèvement concentré sur une catégorie déterminée. Retrouvez notre article sur la retraite d’octobre 2026 : la date à connaître pour organiser votre budget sans attendre le virement.
Le compromis budgétaire apparaît donc assez net : préserver le barème de l’impôt sur le revenu, la TVA et plusieurs dispositifs populaires, puis chercher des recettes dans des avantages fiscaux plus ciblés. Pour les foyers concernés, la différence sera loin d’être théorique. Le montant réellement payé dépendra toutefois du texte déposé, de son examen parlementaire et des mesures finalement promulguées.
