En cas de décès d’un conjoint, tous les couples ne sont pas égaux face à la pension de réversion. Mariés, pacsés ou en union libre : ce que vous devez savoir sur ce dispositif qui avantage certains… et oublie les autres.
Un dispositif qui favorise (clairement) les couples mariés
La pension de réversion permet à un conjoint survivant de percevoir une part de la retraite du défunt. Ce mécanisme, essentiel pour des millions de retraités, repose sur un principe simple : il faut être marié pour en bénéficier.
En 2025, ce dispositif représente près de 39 milliards d’euros versés à 4 millions de retraités. Mais une étude conjointe de l’IPP et de l’Ined montre que ce système, censé protéger, accroît les inégalités entre les statuts conjugaux.
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Marié = pension. Pacsé ou en union libre = rien
Contrairement aux idées reçues :
- Les pacsés et les concubins n’ont aucun droit à la réversion,
- Seuls les couples mariés peuvent y prétendre, sans avoir cotisé spécifiquement pour ce droit.
Résultat : en cas de décès, les veufs ou veuves mariés conservent souvent un niveau de vie stable, voire supérieur à celui qu’ils avaient en couple.
Exemples issus de l’étude :
- Une femme mariée passe en moyenne de 2 340 € à 2 280 € par mois après le décès,
- Un homme marié passe de 2 350 € à 2 630 €, grâce à la réversion.
Pour les non-mariés, le choc est net : perte de revenu, fin de la mutualisation des dépenses, précarité possible.
Une inégalité structurelle dans un système censé être individuel
En France, la retraite repose sur un principe fondamental : chacun cotise pour lui-même. Mais la réversion déroge à cette logique. C’est le seul mécanisme non contributif encore en place.
Selon les auteurs de l’étude :
« La réversion est financée collectivement, mais seuls les mariés en profitent. Cela revient à une redistribution des non-mariés vers les mariés. »
Le remariage : un casse-tête selon votre régime
Le remariage ne vous prive pas systématiquement de pension de réversion… mais cela dépend du régime :
- Régime général (CNAV) : le remariage n’annule pas les droits, sauf si les revenus du nouveau couple dépassent 39 536 € par an.
- Régimes complémentaires (Agirc-Arrco) : le remariage supprime automatiquement le droit à la réversion.
- Fonction publique, professions libérales, artisans : les règles varient fortement.
Par exemple :- Un artisan remarié conserve sa réversion de base, mais perd la complémentaire.
- Un avocat perd tous ses droits, quel que soit le moment du remariage.
Vers une réforme ? Trois pistes à l’étude
Face à ces écarts, plusieurs idées de réforme émergent, sans consensus pour l’instant :
- Créer des droits familiaux, en lien avec la parentalité, pour compenser les carrières interrompues, notamment chez les femmes.
- Mieux protéger les personnes seules, veuves, divorcées ou célibataires, via des droits complémentaires.
- Partager les droits à la retraite du couple, pour prolonger la solidarité après le décès.
Mais le Conseil d’orientation des retraites (COR) reste prudent :
« L’objectif principal reste le maintien du niveau de vie du conjoint survivant. »
Une position héritée d’un modèle conjugal qui n’est plus représentatif de la diversité des situations actuelles.
Un système à deux vitesses
La pension de réversion, souvent mal connue, est en réalité un vecteur d’inégalité silencieuse. Elle protège efficacement certains profils (femmes mariées, conjoints dépendants), mais laisse de côté les pacsés, concubins ou remariés, malgré des années de vie commune.
Et vous, saviez-vous que seul le mariage donne droit à la pension de réversion ? Pensez-vous que le système doit évoluer ? Partagez votre avis en commentaire.
