Le projet de loi de finances pour 2027 ne supprime pas l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite : il le plafonne à 3 000 € par foyer, et pour les foyers qui perdent la totalité de l’avantage, l’addition irait de 158 à 590 € d’impôt en plus.
Le texte, déposé le 1ᵉʳ octobre 2026 à l’Assemblée nationale, ramènerait le plafond de l’abattement de 4 439 € à 3 000 € sur les revenus de 2026, déclarés au printemps 2027. L’État en attend 1,4 milliard d’euros dès la première année.
La mesure ne toucherait que les foyers dont les pensions dépassent 30 000 € par an, soit 2 500 € par mois. Le gouvernement chiffre à 4,6 millions le nombre de foyers concernés, un tiers des 13,4 millions de foyers qui comptent un retraité.
Un plafond qui se calcule au niveau du foyer, pas du retraité
L’abattement retire 10 % des pensions avant le calcul de l’impôt, en miroir de la déduction des frais professionnels accordée aux salariés. Il comporte un minimum de 454 € par retraité, qui ne change pas, et un plafond qui s’apprécie sur l’ensemble du foyer fiscal.
Le nouveau plafond de 3 000 € serait atteint dès 30 000 € de pensions annuelles pour tout le foyer. Pour un couple marié ou pacsé, les deux retraites s’additionnent avant d’être comparées au plafond.
Un retraité seul à 2 500 € par mois, soit 30 000 € par an, resterait pile au plafond, sans changement. Un couple à 1 500 € de pension chacun, soit 36 000 € par an pour le foyer, perdrait 600 € d’abattement. Au-delà de 44 390 € de pensions par an, l’écart complet de 1 439 € serait perdu, quel que soit le montant. Découvrez notre article sur la retraite sans cotisation : qui finance, et qui peut réellement y prétendre en France.
Le mariage et le pacs pèseraient ici à rebours. Deux retraités non mariés qui vivent ensemble forment deux foyers fiscaux, chacun avec son propre plafond : à 1 500 € de pension chacun, ils conserveraient 1 800 € d’abattement chacun et ne perdraient rien, quand le même couple marié perdrait 600 €. Les pensions d’invalidité et les pensions alimentaires, elles, conserveraient l’ancien plafond.
Ce que chaque foyer paierait en plus
Le surcoût se calcule en une ligne : l’abattement perdu, multiplié par le taux de la tranche la plus haute du foyer. Les retraités non imposables ne perdraient rien, puisqu’un abattement ne sert qu’à réduire un impôt, ce qui protège la plupart des 40 % de retraités qui touchent moins de 1 000 € par mois.
Pour un foyer qui perd la totalité des 1 439 € d’écart, la facture dépend de sa tranche : 158 € dans la tranche à 11 %, 432 € dans celle à 30 % et 590 € dans celle à 41 %. C’est la fourchette que le titre reprend.
Le quotient familial fait la différence. Un couple à 50 000 € de pensions paierait moins de surcoût qu’un retraité seul au même revenu, car le quotient le maintiendrait dans la tranche à 11 % : 158 € contre 432 €. Un retraité seul passerait à la tranche à 30 % dès que son revenu imposable dépasse 30 200 €, ce qui triple la facture pour le même abattement perdu.
Quand la facture arriverait, et ce qui reste à voter
Le plafond s’appliquerait aux pensions perçues en 2026, déjà prélevées à la source au taux actuel. Le surcoût n’apparaîtrait qu’après la déclaration du printemps 2027 : le solde serait prélevé en une fois s’il ne dépasse pas 300 €, sinon en quatre mensualités jusqu’en décembre. À partir de septembre 2027, le nouveau taux de prélèvement intégrerait le plafond.
Le revenu fiscal de référence monterait aussi, jusqu’à 1 439 €, ce qui peut faire franchir le seuil qui fait passer la CSG des retraités de 3,8 % à 8,3 %, avec deux ans de décalage.
Rien n’est encore voté. Le plafond reprend un mécanisme adopté par le Sénat lors du budget précédent, puis écarté de la loi finale. Pour ramener le déficit à 5 % du PIB, le gouvernement table sur un effort de 54 milliards d’euros, dont 1,4 milliard attendus de ce seul plafonnement. Il justifie la mesure par le prélèvement à la source et par un niveau de vie des retraités désormais supérieur à celui de l’ensemble de la population. Le coût de l’abattement a augmenté de 60 % en quinze ans. Retrouvez aussi notre article sur la pension de réversion 2026 : les revenus de votre patrimoine peuvent faire dépasser un seuil, et réduire le versement.
La première partie du budget, qui contient cet article, est discutée à l’Assemblée du 13 au 19 octobre, avant un vote solennel le 20 octobre. Le texte s’inscrit dans le cadre de la loi organique relative aux lois de finances du 1ᵉʳ août 2001, dont l’article 51-5° prévoit les annexes du projet, selon budget.gouv.fr. La mesure s’ajouterait à la sous-indexation des pensions au-dessus de 1 260 € prévue par le budget de la Sécurité sociale : les deux frapperaient les mêmes foyers la même année.
