Agirc-Arrco : des erreurs de calcul des pensions pourraient permettre à 100 000 retraités de toucher un versement supplémentaire

Agirc-Arrco a suspendu à tort les pensions de près de 98 000 retraités et s’engage à les rembourser sans qu’ils aient à réclamer : 850 millions d’euros de rappels, soit 8 600 euros en moyenne par personne.

Un dysfonctionnement informatique combiné à un croisement de données avec le fisc a révélé que des dizaines de milliers de retraités du secteur privé ne percevaient plus leur pension complémentaire, parfois depuis plusieurs années, sans le savoir. Découvrez pourquoi ces suspensions se sont produites, qui est concerné, et ce que vous devez (ou ne devez pas) faire.

Comment Agirc-Arrco a découvert ces suspensions injustifiées

À l’automne 2025, Agirc-Arrco a migré vers un nouveau système d’information centralisé. En décembre 2025, ce système a été couplé à un croisement de données avec la Direction générale des Finances publiques (DGFIP), permettant de vérifier les situations matrimoniales et de confirmer si une personne est toujours en vie. C’est cette combinaison qui a mis au jour les dysfonctionnements, révélés par un document interne daté du 18 décembre 2025, consulté par Les Echos et France Inter.

Parmi les anomalies les plus frappantes : environ 10 000 profils avaient été enregistrés comme décédés ou âgés de plus de 110 ans. Des erreurs de saisie accumulées sur des années avaient produit des incohérences massives dans les bases de données.

À partir de janvier 2026, des pensions ont été suspendues automatiquement, touchant des retraités qui n’avaient commis aucune faute. Le nouveau système, conçu pour fluidifier les contrôles, coupait les versements dès qu’un document requis était manquant, sans tolérance pour les situations atypiques. Ce choc a contraint Agirc-Arrco à reconnaître l’ampleur du problème : des pensions avaient été suspendues à tort, parfois pendant plusieurs années, sans que les retraités concernés ne s’en aperçoivent. Retrouvez notre article sur Agirc-Arrco va rembourser 850 millions d’euros aux retraités : voici qui est concerné.

98 000 retraités concernés : qui sont-ils et combien vont-ils recevoir ?

Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu. Environ 12 000 dossiers ont déjà été formellement identifiés comme erronés : 69 millions d’euros ont été versés à ces retraités, soit une créance moyenne de 5 750 euros par personne. Ce sont des sommes déjà décaissées, des corrections déjà actées.

Mais ce n’est que la première tranche. 86 000 autres dossiers présentent une probabilité forte de suspension injustifiée, pour un montant estimé à 780 millions d’euros, soit près de 9 070 euros en moyenne. Au total, les rappels pourraient atteindre 850 millions d’euros, soit environ 8 600 euros en moyenne par personne concernée. Les premiers virements rectificatifs sont programmés pour la mi-mai 2026. Selon des sources internes, entre un tiers et 40 % des 86 000 dossiers restants seraient déjà en cours de traitement.

Deux profils concentrent l’essentiel des cas. Les veufs et veuves percevant une pension de réversion : ils n’ont pas répondu aux courriers d’Agirc-Arrco leur demandant de certifier leur absence de remariage, une condition pour conserver ce droit. Les retraités vivant à l’étranger : ils n’ont pas transmis leur certificat de vie annuel. Dans les deux cas, un simple non-retour suffit à déclencher la suspension automatique.

Point commun à tous ces dossiers : des retraités qui n’ont jamais rien réclamé, ignorant parfois que leur pension avait été coupée, notamment quand le montant est faible et versé trimestriellement ou annuellement.

Suis-je concerné ? Ce que vous devez faire (ou ne pas faire)

La réponse principale est simple : vous n’avez rien à faire. Agirc-Arrco réexamine les dossiers un par un et prend elle-même l’initiative de contacter les retraités concernés, sans attendre de réclamation. Si votre dossier est concerné, un virement arrivera directement sur votre compte.

Deux situations méritent une vigilance particulière. Si vous êtes veuf ou veuve et n’avez pas répondu aux courriers d’Agirc-Arrco vous demandant de certifier votre situation matrimoniale, votre dossier figure probablement parmi ceux en attente. Si vous résidez à l’étranger et n’avez pas transmis votre certificat de vie annuel, le même risque existe. Dans ces deux cas, régulariser votre situation administrative auprès d’Agirc-Arrco peut accélérer le traitement.

Point crucial sur les droits : pour les assurés vivants, Agirc-Arrco a confirmé l’absence totale de prescription, chaque euro dû sera versé, quelle que soit la durée de la suspension. En revanche, si le retraité est décédé, une prescription s’applique à ses héritiers. Dans ce cas, contactez rapidement Agirc-Arrco pour vérifier les droits applicables. Retrouvez aussi notre article sur la retraite 2026 : avec 1000 € par mois, ces seniors vivent mieux que beaucoup d’autres grâce à 5 astuces.

Ce dysfonctionnement révèle les limites d’un système de contrôle automatisé appliqué sans discernement à des populations fragiles. La Cour des comptes avait déjà constaté en 2021 qu’une pension de base sur sept comportait une erreur financière, dans trois quarts des cas au détriment du retraité. Ce rattrapage représente une avancée concrète, à condition qu’Agirc-Arrco tienne sa promesse de rétablissement intégral.

Vous êtes veuf ou veuve, ou vous vivez à l’étranger ? Vérifiez sur votre espace personnel agirc-arrco.fr que vos versements sont bien actifs.

Jacqueline

Experte en entrepreneuriat, offrant des conseils pratiques pour aider les entrepreneurs à développer et réussir leurs entreprises.

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