Dès 2027, cumuler emploi et retraite pourrait vous faire perdre de l’argent : ce qui change concrètement

À partir du 1ᵉʳ janvier 2027, les nouveaux retraités qui reprennent une activité professionnelle verront leur pension réduite selon leur âge, avec une perte pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros annuels avant 67 ans.

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (LFSS 2026, loi nᵒ 2025-1403), adoptée par le Parlement le 16 décembre 2025 et publiée au Journal officiel le 31 décembre 2025, durcit les règles du cumul emploi-retraite pour les personnes liquidant leur pension à partir de 2027. Si vous envisagez de travailler après votre retraite, les règles changent, et cela pourrait vous coûter de l’argent selon votre âge. Cet article détaille les trois régimes avec des exemples chiffrés, pour que vous sachiez exactement ce que vous perdrez ou gagnerez.

Cumul emploi-retraite 2027 : trois régimes d’âge, trois impacts financiers différents

Le cumul emploi-retraite permet de percevoir simultanément une pension et des revenus d’activité. Aujourd’hui, ce dispositif est encadré par un plafond : 160 % du Smic brut ou le montant du dernier salaire brut. Depuis la loi du 14 avril 2023, il permettait de générer de nouveaux droits à pension, plafonnés à 5 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit environ 2 400 € par an. Cet avantage disparaît pour les moins de 67 ans à partir de 2027.

La réforme ne concerne pas tout le monde. Elle s’applique uniquement aux assurés dont la première liquidation de pension intervient à partir du 1ᵉʳ janvier 2027. Si vous avez déjà liquidé votre retraite avant cette date, vous n’êtes pas concerné.

700 000 personnes cumulent aujourd’hui pension et revenus d’activité en France. Ces pensions représentent 6 à 7 milliards d’euros versés chaque année. Les profils sont variés : 27 % sont des cadres, 27 % des professions intermédiaires, et 22 % des travailleurs disposant de petites pensions.

La réforme introduit trois régimes distincts selon l’âge au moment de la reprise d’activité. Avant 64 ans : déduction intégrale. Entre 64 et 67 ans : franchise d’environ 7 000 euros, puis réduction de 50 % au-delà. Après 67 ans : cumul libre, sans plafond ni réduction. Découvrez notre article sur jusqu’à 500 € en plus : les retraités de plus en plus nombreux à cumuler les petits boulots.

Avant 64 ans, entre 64 et 67 ans, après 67 ans : calculez votre perte en euros

Avant 64 ans : chaque euro gagné vous coûte un euro de pension.

Si vous liquidez votre retraite avant l’âge légal de 64 ans et reprenez une activité, chaque euro de revenu d’activité sera intégralement déduit de votre pension. La perte est totale, euro pour euro. Travailler après votre retraite dans cette tranche d’âge revient, en pratique, à ne pas percevoir votre pension sur la portion correspondante.

Entre 64 et 67 ans : une franchise, puis une réduction de moitié.

Le seuil annuel de 7 000 euros de revenus d’activité, issu de l’étude d’impact du PLFSS, est la référence retenue par toutes les sources officielles, mais il sera formellement fixé par décret, non encore publié à ce jour. En dessous de ce montant, votre pension n’est pas touchée. Au-delà, la pension est réduite de 50 % du dépassement.

Exemple concret : vous avez 66 ans, vous gagnez 9 000 euros de revenus d’activité dans l’année. Le dépassement est de 2 000 euros (9 000 – 7 000). Votre pension est réduite de 1 000 euros, soit 50 % de ce dépassement. Si vous gagnez 15 000 euros, le dépassement est de 8 000 euros et la réduction atteint 4 000 euros annuels.

Dans cette tranche d’âge, vous perdez également la possibilité de constituer de nouveaux droits à pension. Ce double effet, réduction de pension immédiate et absence de droits futurs, marque un recul net par rapport à la loi de 2023.

Après 67 ans : le cumul reste libre et devient même plus avantageux qu’aujourd’hui.

À partir de 67 ans, aucune réduction ne s’applique. Vous percevez votre pension intégralement, quel que soit le montant de vos revenus d’activité. Vous générez de nouveaux droits à pension sans plafond, la réforme supprime l’ancien plafonnement à 5 % du PASS. Le délai de carence de 6 mois en cas de reprise chez votre dernier employeur est également supprimé. Ce régime est le seul à sortir renforcé de la réforme.

Mais cette réforme suscite des critiques : certains experts et syndicats dénoncent un durcissement qui pourrait avoir des effets contraires à ceux recherchés.

Les critiques : une restriction qui pourrait pousser au travail non déclaré

L’exécutif justifie la réforme par la nécessité de mettre fin aux « effets d’aubaine » jugés coûteux pour les finances publiques. L’objectif budgétaire est chiffré : 0,4 milliard d’euros d’économies dès 2027, jusqu’à 1,9 milliard en 2030. Le ministère du Travail formule l’objectif ainsi : « simplifier le cumul emploi-retraite et retrouver son objectif initial : compléter le revenu des retraités les plus modestes ».

Cette justification est contestée. L’économiste Philippe Askenazy qualifie la mesure de « restriction drastique d’un système qui marchait bien ». Le dispositif actuel bénéficiait en effet à des profils très divers, y compris aux 22 % de bénéficiaires disposant de petites pensions, précisément ceux que le gouvernement dit vouloir protéger.

La loi du 14 avril 2023 avait fait le chemin inverse : elle avait assoupli le cumul en permettant de générer de nouveaux droits à pension lors de la reprise d’activité. La LFSS 2026 revient sur cet acquis pour les moins de 67 ans.

Le risque d’effet pervers est soulevé par les organisations syndicales. L’Unsa retraités avertit : « Le durcissement des règles pourrait avoir des conséquences finalement préjudiciables… comme le recours au travail non déclaré ». Un résultat qui serait à l’opposé de l’objectif affiché de rationalisation des finances publiques.

La réforme 2027 crée une vraie rupture : avant 67 ans, reprendre un emploi coûtera de l’argent, sauf si vous gagnez très peu. Ceux qui ont liquidé leur retraite avant le 1ᵉʳ janvier 2027 ne sont pas concernés, un avantage qui pousse certains à accélérer leur départ avant cette date. Retrouvez aussi notre article sur la retraite : ces trimestres oubliés révélés trop tard peuvent coûter cher.

Vous prévoyez de reprendre une activité après votre retraite ? Avez-vous déjà calculé ce que cette réforme vous coûtera concrètement ?

Jacqueline

Experte en entrepreneuriat, offrant des conseils pratiques pour aider les entrepreneurs à développer et réussir leurs entreprises.

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