« Je n’achète plus » : le témoignage de retraités face à la hausse des prix inquiète sur le pouvoir d’achat

Robert, retraité de 1 500 € par mois, a dû renoncer au cinéma, au restaurant et même à certains aliments : son témoignage illustre comment la hausse des prix force des millions de retraités à réduire drastiquement leurs achats.

Avec 1 729 € de revenus mensuels à deux, les dépenses contraintes ont explosé pour Robert et son épouse : carburant passé de 70 € à 101 €, dépassement médical de 700 €, alimentation en hausse constante. Si vous êtes retraité ou proche d’un retraité, cette situation vous concerne directement : c’est le portrait d’une vulnérabilité qui s’aggrave, documentée par les institutions elles-mêmes.

« Je ne demande pas le luxe » : comment 1 500 € de pension deviennent insuffisants

« Je touche 1 500 € par mois. Cela ne permet pas de vivre comme on voudrait. » Robert, ancien ouvrier de l’usine Dunlop près de Montluçon, a passé 36 ans à travailler avant de partir à la retraite. Ce qu’il a trouvé de l’autre côté, c’est une perte sèche d’environ 500 € par mois par rapport à son dernier salaire.

Son épouse perçoit 229 € de pension. Ensemble, ils disposent de 1 729 € nets pour deux. Ce n’est pas le seuil de pauvreté officiel. Mais c’est un budget sans marge.

« Sans parler de faire des folies, mais on ne va jamais au cinéma, jamais au restaurant… Il y a beaucoup de choses qu’on ne fait pas », dit-il. Le cinéma, le restaurant, les loisirs : rayés. Pas par choix de mode de vie. Par arithmétique. Retrouvez notre article sur l’Agirc-Arrco : des erreurs de calcul des pensions pourraient permettre à 100 000 retraités de toucher un versement supplémentaire.

La situation de Robert n’est pas une anomalie. La pension moyenne brute de droit direct s’élève à 1 666 € bruts par mois (1 541 € nets), selon la DREES — édition 2025, données fin 2023. Mais les inégalités restent profondes : les femmes perçoivent en moyenne 38 % de moins que les hommes, soit 1 306 € bruts contre 2 089 € (DREES, 2025). Les 229 € de l’épouse de Robert illustrent les situations les plus précaires, liées à des carrières courtes ou incomplètes. Ce que vit ce couple est représentatif d’une vulnérabilité structurelle, pas d’un cas particulier.

Quand les dépenses contraintes rongent le budget : carburant, santé, alimentation

Les renoncements aux loisirs sont visibles. Ce qui ronge le budget en silence, ce sont les dépenses que l’on ne peut pas supprimer.

Le carburant de Robert est passé de 70 € à 101 € en quelques semaines, soit 31 € de plus sur une ligne budgétaire incompressible (France 3 Régions, avril 2026). En zone rurale, la voiture n’est pas un confort. C’est le seul moyen d’accéder aux commerces, aux médecins, aux proches.

La santé frappe encore plus fort. Robert a subi un dépassement d’honoraires de 700 € chez un chirurgien (France 3 Régions, avril 2026). 700 € d’un coup, sur un budget mensuel de 1 729 € à deux. La mutuelle ne couvre pas tout. Le reste à charge, lui, ne négocie pas.

« Si un imprévu arrive, comme une machine à laver qui tombe en panne, on est vraiment en difficulté », confie Robert.

L’alimentation suit la même logique. Certains retraités ont renoncé à la viande, devenue trop coûteuse. Pas un régime choisi : une adaptation forcée à des prix qui montent sur des revenus fixes. Les retraités consacrent une part structurellement plus élevée de leur budget aux dépenses contraintes, santé, énergie, alimentation. Chaque hausse de prix les frappe donc plus fort que les actifs.

Revalorisation insuffisante, Agirc-Arrco gelée : l’inquiétude institutionnelle persiste

« L’objectif de pérennité financière du système de retraites par répartition n’est pas respecté. » C’est le Comité de suivi des retraites (CSR) qui l’écrit, dans son avis du 10 juillet 2025 (Previssima). Pour contenir les déficits attendus entre 2025 et 2030, le CSR a recommandé une sous-indexation cumulée des pensions d’environ 2 % sur cinq ans.

En clair : les pensions augmenteraient moins vite que les prix. Le pouvoir d’achat réel des retraités baisserait mécaniquement, année après année.

Cette pression s’est traduite par un bras de fer budgétaire à l’automne 2025. Le gouvernement avait initialement prévu un gel total des pensions de base pour 2026, une première depuis 1987. L’Assemblée nationale l’a rejeté en décembre 2025 : les pensions de base ont finalement été revalorisées de +0,9 % au 1er janvier 2026 (Service-Public.fr). Mais la retraite complémentaire Agirc-Arrco reste gelée pour toute l’année 2026, faute d’accord entre partenaires sociaux. Pour un ancien salarié du privé comme Robert, dont la pension se compose d’une part de base et d’une part complémentaire, ce gel partiel représente une perte réelle de pouvoir d’achat, d’autant que la revalorisation de +0,9 % reste inférieure à l’inflation 2025.

Sur l’ensemble de 2025, le pouvoir d’achat des ménages par unité de consommation a stagné : +0,1 % au premier trimestre, +0,2 % au deuxième, puis -0,4 % au troisième et -0,2 % au quatrième (INSEE, comptes nationaux trimestriels). Pour les retraités à revenus fixes, exposés aux dépenses contraintes et soumis à une revalorisation insuffisante, ces chiffres ne traduisent pas une stagnation. Ils traduisent un recul.

Robert n’est pas une exception. Il est le symptôme d’une vulnérabilité structurelle que la sous-indexation programmée va aggraver. Quand les retraités renoncent au cinéma et à la viande, ce n’est pas un choix de confort, c’est un signal d’alarme sur le pouvoir d’achat réel. Retrouvez également notre article sur pourquoi vous allez probablement recevoir votre salaire ou votre pension de retraite en retard ce mois-ci.

Et vous : avez-vous calculé ce que représente, sur votre future pension, une revalorisation inférieure à l’inflation pendant cinq ans ?

Jacqueline

Experte en entrepreneuriat, offrant des conseils pratiques pour aider les entrepreneurs à développer et réussir leurs entreprises.

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