Le Livret A finance le logement social et des infrastructures publiques, mais il alimente aussi les marges des banques françaises, pour un gain annuel estimé à plus d’un milliard d’euros.
Le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) concentrent près de 600 milliards d’euros d’épargne. Présentés comme des placements sûrs au service de l’intérêt général, ils cachent une mécanique moins visible : une partie de l’argent collecté ne quitte jamais les banques et leur sert à dégager un profit récurrent.
La réponse tient à la répartition de la collecte. Tous les fonds ne remontent pas à l’État.
Où va vraiment l’argent de votre Livret A
Environ 65 % des dépôts du Livret A et du LDDS sont transférés à la Caisse des dépôts et des consignations (CDC). Cette institution publique mobilise ces fonds pour des missions d’intérêt général : financement du logement social et de certaines infrastructures. C’est la vocation historique de ces livrets, la plus connue.
Les 35 % restants ne quittent jamais les banques qui les ont collectés. Sur un encours total proche de 600 milliards d’euros, cela représente plus de 200 milliards d’euros laissés à leur disposition directe. C’est sur cette part, dite « non centralisée », que les établissements construisent leur marge.
L’écart de taux, la marge cachée des banques
Le mécanisme tient en un mot : l’écart de taux, ou « spread ». Les banques placent les fonds non centralisés sur les marchés financiers ou auprès d’institutions comme la Banque centrale européenne (BCE), à un taux supérieur à celui qu’elles versent aux épargnants. La différence leur revient.
Pleine Vie l’illustre ainsi : une banque qui rémunère un livret à 3 % et place la somme correspondante à 4 % empoche 1 % de marge. Appliqué à des centaines de milliards d’euros, le mécanisme devient très rentable. Les estimations, qui ne tiennent pas compte des frais de gestion ni des contraintes réglementaires, évaluent ce gain à plus d’un milliard d’euros par an pour le secteur bancaire français.
Pour situer ce rendement, le taux réel du Livret A est fixé à 1,7 % depuis le 1ᵉʳ août 2026, contre 1,5 % auparavant, selon Service Public. Les intérêts sont calculés le 1er et le 16 de chaque mois.
Un placement pas tout à fait désintéressé
Le Livret A a été conçu pour protéger l’épargne des ménages, y compris les plus modestes, et pour financer des projets collectifs essentiels. Une part non négligeable de cet argent enrichit pourtant des institutions privées, souvent déjà bénéficiaires par leurs autres activités.
Le contraste avec l’image d’un placement entièrement dédié à l’intérêt général est réel. Aucune banque n’est nommée, et le milliard avancé reste une estimation : c’est l’ordre de grandeur qui pose la question, davantage que le chiffre exact.
