Vous avez un Livret A bien rempli ? Sachez que vos héritiers ne recevront pas la totalité des fonds, l’État en prélèvera une part via les droits de succession. Pour les parents qui pensent transmettre simplement leur épargne, cette règle invisible peut coûter plusieurs milliers d’euros à leurs enfants.
Livret A en succession : pourquoi vos enfants ne reçoivent pas tout l’argent
Fin 2024, 58 millions de Livrets A étaient détenus par des particuliers, soit plus de 4 Français sur 5 (Banque de France). Pourtant, la quasi-totalité des détenteurs ignorent ce que ce livret coûte réellement à leurs héritiers.
La règle est absolue : le Livret A ne bénéficie d’aucun régime dérogatoire au décès. Le Code civil s’applique intégralement. Le capital et les intérêts tombent dans l’actif successoral sans exception, soumis aux droits de succession selon le barème habituel.
La raison tient à une impossibilité juridique fondamentale. Contrairement à l’assurance-vie, il est impossible de désigner un bénéficiaire sur un Livret A (Code civil). Les fonds tombent automatiquement dans la masse successorale soumise au barème fiscal.
Le plafond légal de versement du Livret A est fixé à 22 950 € (article R. 221-2 du Code monétaire et financier). C’est le montant maximal exposé à cette imposition. Pour un livret plein, l’enjeu fiscal est immédiatement chiffrable.
Dès notification du décès, la banque bloque le Livret A sans délai (Service-Public.fr). Aucun héritier ne peut retirer librement les fonds. Seuls trois types de paiements restent autorisés avant le déblocage complet : les frais d’obsèques, les soins de la dernière maladie et les impôts dus par le défunt, dans la limite globale de 5 965 € (Service-Public.fr, applicable depuis le 1ᵉʳ janvier 2026). Découvrez notre article sur la succession : ces intérêts de retard peuvent exploser si vous attendez trop pour aller chez le notaire.
Combien coûte vraiment un Livret A en droits de succession ?
Le coût réel dépend d’un seul paramètre : la valeur totale du patrimoine transmis. L’abattement légal par enfant en ligne directe est de 100 000 € (Direction générale des Finances publiques). Cet abattement s’applique à l’ensemble de la succession, pas au Livret A seul (Code général des impôts).
Si le Livret A est votre seul actif successoral et que son montant reste sous 100 000 €, aucun droit n’est dû. Mais cette situation est rare. Dès que le patrimoine global transmis à un enfant dépasse 100 000 €, chaque euro supplémentaire est taxé selon le barème progressif. La tranche courante s’établit à 20 % sur la part taxable (Direction générale des Finances publiques).
Prenons un cas concret. Vous transmettez à un enfant unique un patrimoine global de 150 000 €, dont un Livret A plein à 22 950 €. Après abattement de 100 000 €, la base taxable est de 50 000 €. Les droits de succession s’élèvent à 10 000 € sur cette tranche à 20 %. Le Livret A, représentant 15 % de cet actif (22 950 € / 150 000 €), contribue mécaniquement à cette base taxable.
À ces droits s’ajoutent les frais bancaires de succession. Avant la réforme, les frais variaient de 80 à plus de 500 € selon l’établissement pour une même succession, selon UFC-Que Choisir. La loi n° 2025-415 du 13 mai 2025 a encadré ces pratiques. Depuis le 1er janvier 2026, les frais bancaires de succession sont plafonnés à 1 % du total des comptes, avec un maximum de 857 € (Banque de France / Décret n° 2025-813 du 13 août 2025). Les successions dont les comptes n’excèdent pas 5 965 € sont totalement exonérées de ces frais.
Cette réforme constitue une amélioration réelle. Elle ne résout pas pour autant le problème fiscal principal : l’intégration du Livret A dans l’actif successoral taxable reste inchangée.
Assurance-vie vs Livret A : pourquoi le choix du produit est décisif
L’assurance-vie obéit à une logique fiscale opposée. Les capitaux transmis via clause bénéficiaire sont hors actif successoral classique (droit successoral français). Ils ne sont pas soumis au barème des droits de succession.
Pour les versements effectués avant 70 ans, l’abattement atteint 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I du Code général des impôts). Un parent peut donc transmettre jusqu’à 152 500 € à chaque enfant sans qu’un seul euro ne soit taxé selon le barème successoral. Au-delà, un prélèvement forfaitaire de 20 % s’applique jusqu’à 700 000 € de part taxable, puis 31,25 % au-delà (Code général des impôts).
La situation change après 70 ans. Les versements effectués après cet âge bénéficient d’un abattement global de 30 500 € sur les primes versées, tous contrats et bénéficiaires confondus (article 757 B du Code général des impôts). L’abattement est nettement moins favorable, mais les intérêts capitalisés restent exonérés de droits de succession, quel que soit leur montant.
La différence de délai est également significative. L’assurance-vie doit être versée au bénéficiaire dans un délai d’un mois après réception des pièces justificatives (Code des assurances). Le Livret A, lui, reste bloqué pour une durée indéterminée, le temps que la succession soit réglée, plusieurs mois, voire plusieurs années en cas de succession complexe.
L’écart est structurel, inscrit dans la loi : il joue systématiquement contre le Livret A dès que le patrimoine global dépasse 100 000 €.
Le Livret A est un excellent outil d’épargne de précaution, un mauvais outil de transmission : plus votre patrimoine global dépasse 100 000 €, plus l’écart fiscal avec l’assurance-vie se creuse. Si transmettre l’intégralité de votre épargne à vos enfants est une priorité, repenser votre stratégie d’épargne ne peut pas attendre. Retrouvez aussi notre article sur le Livret A : « Il ne faut surtout pas faire ça », l’erreur que beaucoup de retraités continuent de commettre.
Votre Livret A est-il le seul placement que vous prévoyez de transmettre, ou avez-vous déjà ouvert un contrat d’assurance-vie au nom de vos enfants ?
