Carburant, logement, alimentation : il manque 506 € par mois aux Français pour vivre correctement

Selon une enquête Elabe pour BFMTV publiée le 20 mai 2026, deux tiers des Français estiment qu’il leur manque en moyenne 506 € chaque mois pour couvrir leurs besoins essentiels en carburant, logement et alimentation.

Ce déficit stagne d’une année sur l’autre : en 2025, une étude Cofidis relevait déjà 507 € de manque ressenti. Pourquoi les hausses du Smic ne l’effacent-elles pas ? Et, qui souffre le plus ?

506 € manquants : un déficit qui stagne et s’étend

67 % des Français déclarent ne pas disposer de revenus suffisants pour vivre convenablement (Elabe pour BFMTV, mai 2026). Le manque ressenti s’établit en moyenne à 506 € nets par mois. Ce chiffre se traduit par des comportements concrets de restriction.

81 % des Français déclarent se serrer la ceinture face à la hausse généralisée des prix, soit 4 points de plus qu’en janvier 2026 (Elabe pour BFMTV, mai 2026). Les trois postes les plus pesants sont l’inflation alimentaire, le logement et le carburant.

La répartition des besoins supplémentaires révèle une grande diversité de situations. 15 % des Français estiment manquer de moins de 250 € par mois. 17 % situent leur déficit entre 250 et 499 €. 22 % entre 500 et 999 €. Et 13 % estiment qu’il leur faudrait au moins 1 000 € supplémentaires chaque mois (Elabe pour BFMTV, mai 2026).

Ce dernier chiffre mérite attention. Un Français sur huit se trouve dans une situation de déficit sévère, bien au-delà du simple ressenti de tension budgétaire. Retrouvez notre article sur la taxe foncière : attention, la DGFiP traque désormais ces extensions non déclarées.

Ce déficit ne frappe pas uniformément : les disparités sociales et générationnelles sont nettes.

Qui manque d’argent ? Les jeunes et les catégories populaires en première ligne

L’enquête Elabe met en évidence un écart de 22 points entre les cadres et les catégories populaires. 46 % des cadres estiment n’avoir besoin d’aucun revenu supplémentaire. Ce chiffre tombe à 24 % chez les catégories populaires (Elabe pour BFMTV, mai 2026).

Trois quarts des Français aux revenus modestes vivent avec un sentiment de manque structurel, non par mauvaise gestion, mais parce que leurs revenus ne couvrent pas le coût réel de la vie.

La fracture générationnelle est tout aussi nette. 43 % des seniors de 65 ans et plus se déclarent satisfaits de leurs revenus. Ils ne sont que 29 % chez les 18-24 ans (Elabe pour BFMTV, mai 2026).

Les seniors restent minoritaires à se déclarer satisfaits : 57 % des plus de 65 ans estiment eux aussi manquer d’argent. La retraite atténue le déficit, elle ne le supprime pas.

Du côté des ménages aisés, 50 % du quart le plus favorisé de la population considère ses ressources comme adéquates (Elabe pour BFMTV, mai 2026). Ce qui signifie que même parmi les Français les mieux dotés, la moitié ressent encore un manque.

Pierre Concialdi, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), fixait en 2023 ce seuil à 1 630 € nets mensuels pour un célibataire. L’Unaf l’a actualisé à 1 659 € en 2024.

Cet écart entre Smic et minimum décent explique pourquoi les hausses du Smic n’effacent pas le déficit ressenti.

Pourquoi le déficit ne diminue pas : le Smic à la traîne du minimum décent

Le chiffre de 506 € n’est pas nouveau. Une étude Cofidis publiée en 2025 révélait déjà un manque ressenti de 507 € mensuels. Un euro de différence en un an. La stagnation est totale, malgré les revalorisations successives du Smic.

Le Smic net s’établissait à 1 443 € depuis janvier 2026. Au 1er juin 2026, une revalorisation automatique de +2,41 % le porte à 1 477,93 € — déclenchée par le franchissement du seuil d’inflation de 2 %. Depuis janvier 2023 (environ 1 350 € nets), la progression atteint 128 € en trois ans. Elle ne suffit pas.

L’Union nationale des associations familiales (Unaf) a estimé en 2024 le minimum décent à 1 659 € nets mensuels pour une personne seule. L’écart avec le Smic net de janvier 2026 (1 443 €) était de 216 €. Avec la revalorisation du 1ᵉʳ juin 2026 (1 477,93 €), cet écart se réduit à 181 €, sans effacer le déficit structurel.

Pour un retraité au minimum contributif, fixé à 756,29 € brut par mois en 2026 pour une carrière complète, ou 903,93 € brut pour 120 trimestres cotisés, l’écart avec le minimum décent estimé par l’Unaf (1 659 € nets) reste considérable.

En avril 2024, Florent Menegaux, PDG de Michelin, définissait le salaire décent comme celui permettant à une famille de quatre personnes de couvrir alimentation, logement, santé et éducation, tout en constituant une épargne de précaution. Cette définition, issue du monde de l’entreprise, rejoint les estimations des économistes sociaux.

Les revalorisations du Smic courent après un minimum décent qui progresse lui aussi, sans jamais le rattraper. Retrouvez également notre article sur la France : 6 milliards d’économies, les premières victimes sont déjà ciblées.

Le déficit de 506 € n’est pas une anomalie passagère, mais le symptôme d’un écart structurel entre les salaires et le coût réel de la vie. Tant que le Smic restera en dessous du minimum décent estimé par l’Unaf (181 € d’écart depuis le 1er juin 2026), ce manque ressenti continuera d’affecter deux tiers des Français, particulièrement les jeunes et les catégories populaires. Parmi les 67 % qui estiment manquer d’argent, quel poste pèse le plus lourd dans votre budget : le logement, le carburant ou l’alimentation ?

Jacqueline

Experte en entrepreneuriat, offrant des conseils pratiques pour aider les entrepreneurs à développer et réussir leurs entreprises.

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