Le Livret A ne rapporte rien au fisc. Exonéré d’impôt et de prélèvements sociaux, il a coûté 4,87 milliards d’euros à l’État en 2025, et la Cour des comptes pointe le paradoxe : ce sont surtout les ménages aisés qui en profitent.
Livret A, LDDS, LEP, livret jeune : ces placements ont un point commun. Leurs conditions sont encadrées par les pouvoirs publics, du taux de rémunération au plafond de versement, en passant par la fiscalité. Sur ce dernier point, la règle est limpide : zéro impôt et zéro prélèvements sociaux sur les intérêts versés une fois par an.
Cette exonération totale a un coût. La Banque de France le chiffre chaque année dans son rapport sur l’épargne réglementée, et ce coût n’a cessé de grimper.
Un manque à gagner de 4,87 milliards d’euros pour l’État
En 2025, l’exonération des livrets réglementés a coûté 4,868 milliards d’euros à l’État, selon le rapport annuel de la Banque de France sur l’épargne réglementée. La progression est nette : 3,667 milliards d’euros en 2024, 2,04 milliards en 2023, 1,01 milliard en 2022.
Le manque à gagner suit l’encours. Plus les Français déposent sur ces livrets, plus la facture fiscale se creuse pour l’État. Et l’encours est massif : le Livret A compte à lui seul 58 millions de détenteurs, soit 83 % des Français, pour près de 440 milliards d’euros déposés.
Pour l’épargnant, la mécanique reste avantageuse. Les intérêts tombent chaque début d’année, sans aucune retenue. Un Livret A plein, plafonné à 22 950 euros, produit des intérêts au taux de 1,70 % actuellement en vigueur, sans un euro d’impôt en face. Découvrez notre article sur ce livret aux taux boostés complète le Livret A, mais 8 épargnants sur 10 n’en ont jamais entendu parler.
Pourquoi l’exonération profite surtout aux ménages aisés
Le paradoxe vient de la Cour des comptes. Dans sa note publiée en septembre 2026, « La fiscalité du patrimoine des ménages : pour une réforme d’équité et d’efficacité », elle souligne que les avantages fiscaux de l’épargne réglementée bénéficient « paradoxalement davantage aux ménages aisés et âgés ».
La raison tient au plafond. Porté de 15 300 à 22 950 euros, le plafond du Livret A permet d’abriter beaucoup plus d’épargne. Il se cumule avec le LDDS et ses 12 000 euros. Au total, un adulte peut loger près de 35 000 euros défiscalisés, et un couple avec deux enfants jusqu’à 116 000 euros.
Or pour remplir un livret au maximum, il faut disposer d’une épargne confortable. Ce sont précisément les ménages les plus aisés qui le peuvent. L’exonération, pensée comme un outil d’épargne populaire, concentre donc ses bénéfices là où la capacité d’épargne est déjà la plus forte.
La flat tax de 31,4 % évoquée par la Cour des comptes
Face à ce constat, la Cour des comptes propose d’imposer à 31,4 % les intérêts qui dépassent les plafonds réglementaires. La mesure viserait la part au-delà de 22 950 euros sur le Livret A, 12 000 euros sur le LDDS, 10 000 euros sur le LEP et 1 600 euros sur le livret jeune.
Le livret jeune, réservé aux 12-25 ans, est le plus modeste de la famille : un plafond de 1 600 euros, un versement minimal de 10 euros pour l’ouvrir, et une clôture automatique au 31 décembre de l’année du 25ᵉ anniversaire de son titulaire.
Mais à ce stade, la proposition est restée lettre morte. Elle n’a pas été reprise par le gouvernement. Un épargnant peut retirer l’argent de ses livrets réglementés, y compris la part qui dépasse le plafond, sans craindre la moindre imposition.
Le chiffre de 4,87 milliards d’euros résume la tension : une exonération coûteuse pour l’État, dont le bénéfice se concentre sur les plus aisés. Tant que le gouvernement ne reprend pas la proposition de la Cour des comptes, la règle ne bouge pas. Les intérêts des livrets réglementés ne sont ni imposés, ni soumis aux prélèvements sociaux. Retrouvez aussi notre article sur le Livret A rapporte plus d’un milliard d’euros par an aux banques, pas seulement à l’intérêt général.
