Pour la première fois depuis 2015, le Livret A enregistre quatre mois consécutifs de décollecte nette : les Français ont retiré 4,38 milliards d’euros des livrets réglementés depuis janvier 2026, fuyant un taux tombé à 1,5 %, soit moitié moins qu’en janvier 2025.
Avril 2026 a marqué le pire mois d’avril pour le Livret A depuis 2009 : une rupture dans le comportement d’épargne des Français qui détiennent ce produit sur 58 millions de comptes. Où va cet argent ? Vers quels placements les Français arbitrent-ils réellement ? Et que faire de son épargne retraite dans ce contexte ?
Livret A : comment le taux a chuté de moitié en un an et déclenché la fuite
Le mouvement a été rapide et brutal. Le taux du Livret A était encore à 2,4 % en février 2025 (Banque de France). Il est tombé à 1,7 % en août 2025, puis à 1,5 % le 1er février 2026. En douze mois, la rémunération a été divisée par deux, depuis le pic à 3 % de janvier 2025.
La réaction des épargnants n’a pas tardé. En avril 2026 seul, les retraits ont dépassé les dépôts de 1,28 milliard d’euros (Caisse des dépôts et consignations, CDC). C’est le pire mois d’avril depuis 2009, soit depuis dix-sept ans.
Ce n’est pas un accident isolé. Avril 2026 constitue le quatrième mois consécutif de décollecte sur les livrets d’épargne défiscalisés, du jamais-vu depuis 2015 (CDC / Cercle de l’épargne, mai 2026). Depuis janvier 2026, les ménages ont retiré 4,38 milliards d’euros des livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP), montant le plus élevé sur un début d’année depuis dix-huit ans (CDC, mai 2026).
L’encours total du Livret A s’établit à 445,2 milliards d’euros fin avril 2026, répartis sur environ 58 millions de comptes (CDC, avril 2026). Ce chiffre donne la mesure de ce qui est en jeu. Découvrez notre article sur le Livret A : « Il ne faut surtout pas faire ça », l’erreur que beaucoup de retraités continuent de commettre.
Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, résume : « L’année 2026 apparaît en rupture » avec les comportements habituels. Traditionnellement, le premier semestre est la période où les ménages alimentent leurs livrets. Ce schéma s’est inversé.
Où vont les 4,38 milliards ? Les Français découvrent les alternatives au Livret A
La réponse est dans les chiffres. En 2025, les fonds en euros de l’assurance vie ont servi un rendement moyen de 2,65 %, contre seulement 1,7 % pour le Livret A sur la même période (ACPR, 2026). L’écart est net, visible, et les épargnants l’ont mesuré.
La conséquence directe : la collecte nette de l’assurance vie a atteint 50,6 milliards d’euros en 2025, son meilleur score depuis 2011. En mars 2026 seul, la collecte nette de l’assurance vie s’est établie à 6 milliards d’euros, niveau record pour un mois de mars depuis 2010. L’argent ne disparaît pas. Il se déplace.
Philippe Crevel l’analyse sans détour : « Cela ne signifie pas que les Français épargnent moins mais qu’ils épargnent autrement. L’épargne réglementée séduit moins en raison de la baisse de ses taux, à l’inverse de l’assurance vie et du plan d’épargne retraite ».
Ce comportement n’épargne pas le Livret d’épargne populaire (LEP). Pourtant affiché à 2,5 %, il a lui aussi enregistré une décollecte nette de 320 millions d’euros en avril 2026 (CDC, avril 2026). Même un taux supérieur au Livret A ne suffit plus à retenir les épargnants, en partie parce que les banques ferment chaque printemps les LEP dont les titulaires dépassent le plafond de revenus.
Pourquoi cette décollecte inquiète vraiment les Français (et ce qu’il faut savoir)
Le malaise dépasse la seule question du taux. Selon Philippe Crevel, « le recul de l’épargne réglementée depuis le début de l’année repose sur plusieurs facteurs » : la baisse du taux de 3 % à 1,5 % en un an, le retour de l’inflation qui érode le rendement réel, et la concurrence structurelle de l’assurance vie (Cercle de l’épargne, mai 2026).
Les conséquences dépassent le portefeuille individuel. Les fonds collectés sur le Livret A sont centralisés à la Caisse des dépôts et servent à financer le logement social et les infrastructures publiques. Une décollecte durable réduit mécaniquement les ressources disponibles pour ces missions.
Le taux est révisé deux fois par an (février et août) : le gouverneur de la Banque de France recommande un niveau, le ministre de l’Économie Roland Lescure tranche. La prochaine révision est annoncée mi-juillet 2026 pour application au 1ᵉʳ août. Une hausse vers 1,7-1,8 % est anticipée par les économistes, portée par le rebond de l’inflation à 2,2 % en avril 2026 sous l’effet de la flambée des prix de l’énergie, mais le gouvernement conserve la possibilité de déroger à la formule.
Cette perspective ne règle pas tout. Le LEP, malgré son taux de 2,5 %, continue lui aussi de perdre des dépôts. La question du rendement réel, après inflation, reste entière pour les épargnants retraités dont le pouvoir d’achat est directement exposé.
Cette décollecte n’est pas une crise : c’est un arbitrage. Les Français ont compris que 445 milliards à 1,5 % n’est pas une fatalité. La hausse attendue au 1ᵉʳ août 2026 pourrait ralentir la tendance, mais elle ne résoudra pas l’inquiétude structurelle : protéger son épargne retraite dans un contexte d’inflation revenue et de rendements réglementés structurellement bas. Retrouvez aussi notre article sur la succession et Livret A : la règle méconnue qui peut réduire fortement l’argent transmis à vos enfants.
Avez-vous déjà réalloué une partie de votre Livret A, ou attendez-vous la révision d’août pour décider ?
