PER : Comment savoir si il reste bien financièrement pour mon cas personnel ?

L’avantage fiscal du PER est un différé d’imposition, pas une exonération : vous économisez de l’impôt aujourd’hui, mais vous en paierez à la sortie. Le PER n’est financièrement gagnant que si votre tranche marginale d’imposition actuelle dépasse celle que vous aurez à la retraite, voici comment le calculer précisément.

La plupart des épargnants versent sur un PER sans avoir calculé s’ils y gagnent vraiment. L’enjeu n’est pas l’économie d’impôt à l’entrée, c’est le bilan net entre ce que vous économisez aujourd’hui et ce que vous paierez à la retraite. Voici comment le calculer pour votre situation.

PER et fiscalité : calculez votre vrai gain net selon votre tranche marginale d’imposition

Le mécanisme est simple à énoncer, mais souvent mal compris dans ses conséquences. Vos versements volontaires sur un PER sont déductibles de votre revenu imposable. Vous réduisez votre impôt aujourd’hui. Mais les sommes retirées à la retraite seront imposées comme des revenus ordinaires.

C’est un report d’imposition, pas une exonération.

Le gain net réel dépend d’un seul écart : votre tranche marginale d’imposition (TMI) aujourd’hui versus votre TMI à la retraite. Si vous êtes à 30 % en activité et à 11 % à la retraite, vous gagnez 19 points d’imposition sur chaque euro versé. Si vos deux TMI sont identiques, le gain fiscal est nul, seule la capitalisation des intérêts sur l’impôt différé subsiste.

C’est pourquoi le PER est pertinent principalement pour les personnes en TMI de 30 %, 41 % ou 45 %. En dessous, l’avantage fiscal est trop faible pour compenser le blocage et la fiscalité à la sortie.

Un exemple concret. Un versement de 5 000 € avec une TMI à 30 % génère une réduction d’impôt de 1 500 €. À 41 %, cette économie monte à 2 050 €. À 45 %, à 2 250 €. Ces sommes restent investies et capitalisent jusqu’à la retraite, c’est là que réside le vrai levier.

Seuls les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable. Les versements obligatoires et ceux issus de l’épargne salariale ne bénéficient pas de cette déductibilité.

Les plafonds de déduction en 2026 encadrent cet avantage. Pour les salariés, la déduction est comprise entre 4 710 € minimum et 37 680 € maximum, soit 10% des revenus 2025 dans la limite de 8 fois le PASS 2025 (47 100 €). Pour les travailleurs non-salariés (TNS), ce plafond peut atteindre 88 911 €, calculé sur le PASS 2026 (48 060 €). Un avantage structurellement plus puissant pour les indépendants à revenus élevés.

Depuis la loi de finances 2026, les plafonds non utilisés générés à partir de 2026 sont reportables pendant cinq ans (contre trois ans pour les plafonds 2023-2025) et mutualisables entre conjoints soumis à déclaration commune. Si vous n’avez pas versé sur un PER les années précédentes, vous pouvez mobiliser ces plafonds dormants lors d’une année de revenus élevés. Retrouvez notre article sur la hausse de la CSG sur le PER : ce qui change vraiment pour votre épargne retraite.

Avant de verser, vous devez aussi vérifier si votre horizon de placement et votre besoin de liquidités sont compatibles avec le fonctionnement du PER.

Avez-vous le profil pour bloquer votre argent jusqu’à la retraite ?

Le PER est bloqué jusqu’à l’âge légal de départ à la retraite, sauf les six cas de déblocage anticipé prévus par la loi : achat de la résidence principale, chômage, invalidité, décès du conjoint ou du partenaire de PACS, surendettement, liquidation judiciaire d’une activité non salariée. En dehors de ces situations, votre capital est indisponible.

C’est la contrainte structurelle centrale du produit.

Si vous avez des besoins de liquidités prévisibles à court ou moyen terme, travaux, financement des études de vos enfants, projet entrepreneurial, le PER n’est pas adapté à cette partie de votre épargne. L’illiquidité est le prix de l’avantage fiscal.

L’horizon de placement recommandé est de 10 à 20 ans minimum pour que l’avantage fiscal et la capitalisation produisent un effet réel. En dessous de dix ans avant la retraite, le temps de capitalisation est trop court pour compenser les frais et la fiscalité à la sortie.

Sur le plan de la gestion, deux modes coexistent : versements libres (ponctuels, à votre initiative) ou versements programmés (réguliers, automatisés). Le mode par défaut est la gestion pilotée à horizon, avec trois profils — prudent, équilibré et dynamique — dont l’allocation est progressivement sécurisée à l’approche de la retraite.

Depuis le 24 octobre 2024, la loi Industrie Verte (n°2023-973 du 23 octobre 2023) impose aux assureurs d’intégrer une part minimale d’actifs non cotés (private equity vert) dans les profils de gestion pilotée des PER individuels. Cette obligation modifie la composition des portefeuilles et peut influer sur le profil rendement/risque selon le contrat.

Une fois ces contraintes validées, reste la question décisive : comment sera imposé votre capital à la retraite, et quel sera votre vrai gain ?

Trois profils pour savoir si le PER est vraiment rentable pour vous

À la retraite, trois modalités de perception sont possibles : capital en une fois, capital fractionné ou rente viagère. Ce choix a des conséquences fiscales directes et détermine en partie votre TMI effective à la sortie.

La sortie en capital en une fois concentre l’imposition sur une seule année et peut faire basculer dans une tranche supérieure. La sortie en capital fractionné étale l’imposition sur plusieurs années, ce qui peut maintenir votre TMI basse. La rente viagère est imposée comme une pension, avec un abattement de 10 %. Dans tous les cas, les gains sont soumis au PFU de 31,4 % depuis le 1ᵉʳ janvier 2026 (contre 30 % auparavant).

Profil 1 — Le cas favorable. Vous êtes salarié ou TNS, en TMI à 41 % ou 45 %, avec un horizon de 15 ans ou plus avant la retraite. Vous anticipez une retraite à TMI 11% ou 30 %. Le différentiel d’imposition est significatif. Le PER peut générer plusieurs milliers d’euros de gain net sur la durée.

Profil 2 — Le cas neutre à surveiller. Vous êtes en TMI à 30 % aujourd’hui. Votre retraite sera probablement à TMI 30 % également, revenus fonciers, pensions élevées, revenus de capitaux. L’avantage fiscal à l’entrée sera compensé par la fiscalité à la sortie. Seule la capitalisation de l’impôt différé joue en votre faveur.

Profil 3 — Le cas défavorable. Votre TMI actuel est inférieur à 30 %. Vous avez besoin de liquidités dans moins de dix ans. Vos revenus sont en baisse structurelle. Votre retraite est prévue dans moins de dix ans. Ou vous avez plus de 70 ans : depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les versements effectués après 70 ans ne sont plus déductibles du revenu imposable. Dans ces situations, le PER n’est pas recommandé.

Les plafonds non utilisés reportables sur cinq ans (pour ceux générés à partir de 2026) peuvent modifier le calcul si vous envisagez un versement exceptionnel une année de revenus particulièrement élevés. C’est une variable à intégrer dans votre analyse.

Le PER n’est rentable que si votre TMI actuelle dépasse celle que vous aurez à la retraite, et si vous pouvez immobiliser votre capital jusqu’à la liquidation de vos droits. Si vous êtes en TMI élevée, 41 % ou 45 %, avec un horizon de 15 ans ou plus et une retraite prévue à TMI plus basse, le PER peut vous faire économiser plusieurs milliers d’euros nets sur la durée. Découvrez aussi notre article sur le Livret A : c’est fini, les banques interdisent aux grands-parents de verser de l’argent sur le compte épargne de leurs petit-enfants.

Avez-vous calculé votre TMI actuelle et estimé celle que vous aurez à la retraite ?

Jacqueline

Experte en entrepreneuriat, offrant des conseils pratiques pour aider les entrepreneurs à développer et réussir leurs entreprises.

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