Selon le baromètre Ipsos de février 2025, 66 % des actifs expriment une inquiétude vis-à-vis de leur propre retraite, et pour cause : la pension moyenne française atteint 1 666 € bruts par mois, soit 1 541 € nets après prélèvements sociaux, en deçà du seuil de décence identifié par les chercheurs. Mais quel budget faut-il vraiment prévoir pour ne pas compter chaque euro et profiter pleinement de ces années ? Cet article propose une hiérarchie claire des seuils selon votre profil, propriétaire ou locataire, âge, niveau d’autonomie, pour que vous puissiez vous situer et anticiper.
Retraite : le budget mensuel de décence selon l’IRES
L’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) a établi un seuil de référence précis. Pour une personne seule propriétaire, le budget mensuel jugé indispensable pour vivre décemment s’établit entre 1 700 et 1 800 € nets par mois (IRES). Ce montant couvre les postes fondamentaux du quotidien : charges de logement, alimentation, énergie, transports, complémentaire santé et loisirs. Ce n’est pas le luxe : c’est le strict nécessaire pour ne pas choisir chaque mois entre se soigner et se nourrir.
L’écart avec la réalité est immédiat. La pension moyenne en France atteint 1 666 € bruts mensuels, soit 1 541 € nets après prélèvements sociaux (DREES, édition 2025), en deçà du seuil de décence de l’IRES. Des millions de retraités vivent donc structurellement en dessous de ce plancher.
La situation diffère selon le statut résidentiel. Un propriétaire sans emprunt en cours supporte des charges de logement réduites, ce qui explique pourquoi l’IRES calibre son budget de décence sur ce profil. Un locataire doit ajouter un loyer complet à l’équation, ce qui repousse mécaniquement le seuil de décence vers le haut, souvent au-delà de 2 000 € nets mensuels selon la zone géographique. Découvrez notre article sur la retraite : ce que les nouveaux décrets changent vraiment pour les départs anticipés.
Ajouter 1 291 € pour les services de bien-vieillir à domicile
Le budget de décence de l’IRES ne couvre pas tout. Il ne tient pas compte des services spécifiques liés au vieillissement à domicile. Or ces dépenses existent, elles progressent, et elles pèsent lourd.
Selon le Baromètre Retraite.com – Silver Alliance 2025 (6e édition), fondé sur près de 200 devis et 19 services analysés, le coût moyen des services permettant de bien vieillir chez soi s’élève à 1 291 € par mois, soit 15 487 € par an. Ce baromètre intègre la complémentaire santé renforcée, l’aide ménagère, la livraison de repas, les transports adaptés et les aménagements du domicile.
Ce montant moyen masque des disparités considérables selon l’âge. Entre 65 et 75 ans, la facture reste contenue à 719 € mensuels. Elle monte à 937 € entre 75 et 85 ans. Au-delà de 85 ans, elle bondit à 2 216 € par mois (Retraite.com – Silver Alliance, 2025). L’autonomie se paie, et son coût s’accélère avec le temps.
Ce budget a progressé de 2,40 % entre 2024 et 2025 (Retraite.com – Silver Alliance), une hausse modérée mais continue, qui s’inscrit dans une tendance structurelle.
Ludovic Herschlikovitz, fondateur de Retraite.com, souligne le contexte démographique : d’ici 2030, la France comptera 20 millions de personnes de 60 ans et plus, et 6,1 millions de 75 ans et plus, contre 4,1 millions aujourd’hui, dans un système de prise en charge déjà sous tension.
La comparaison avec l’EHPAD éclaire le débat. Le coût mensuel moyen en EHPAD atteignait 2 310 € en 2023 selon la CNSA, référence utilisée par le baromètre Retraite.com. En 2026, ce coût est estimé à 2 620 € en moyenne nationale (CNSA, données 2024). Rester à domicile reste donc financièrement plus avantageux, à condition d’anticiper les dépenses d’accompagnement avant qu’elles deviennent urgentes.
De l’ASPA au confort : les seuils clés pour vous situer
Les chiffres disponibles permettent de construire une échelle lisible. Chaque palier correspond à une réalité de vie différente.
L’Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) représente le filet de sécurité minimal. Son montant s’élève à 1 043,59 € mensuels depuis le 1ᵉʳ janvier 2026 (service-public.fr). Il couvre l’essentiel, mais rien de plus. En dessous du seuil de pauvreté, établi à 1 288 € pour une personne seule (INSEE, données 2023), les arbitrages quotidiens deviennent permanents.
Le budget de décence de l’IRES, entre 1 700 et 1 800 € nets pour un propriétaire, constitue le premier vrai plancher. C’est le montant à partir duquel les besoins fondamentaux sont couverts sans tension constante.
Une vie sereine commence entre 1 500 et 2 000 € mensuels, selon les experts spécialistes en retraite. Ce palier permet de faire face aux imprévus, de maintenir une vie sociale et de couvrir les dépenses de santé courantes sans renoncement.
Le confort réel se situe à partir de 2 500 € par mois. Au-delà de 3 000 €, la marge devient suffisante pour absorber les coûts croissants du vieillissement.
Les conseillers en retraite formulent une règle de référence : viser entre 70 et 80 % de son dernier salaire net au moment du départ. Ce ratio permet de limiter la chute de niveau de vie, à condition d’avoir anticipé les écarts entre pension attendue et dépenses réelles.
La réforme des retraites de 2023 prévoyait de porter l’âge légal à 64 ans. La LFSS 2026 en a suspendu le calendrier jusqu’en janvier 2028 pour les générations 1964-1968, une incertitude supplémentaire pour les actifs qui planifient leur départ.
Le budget indispensable pour bien vivre à la retraite en France n’est pas un chiffre unique. C’est une fourchette qui s’adapte à votre profil, votre âge et vos besoins d’accompagnement. Retrouvez aussi notre article sur les retraites : 1 pension sur 9 serait erronée en France, ce que révèle le rapport de la Cour des comptes.
Où vous situez-vous dans cette hiérarchie, et avez-vous commencé à calculer l’écart entre votre pension attendue et le seuil de confort qui vous correspond ?
