En euros, la solidarité du système de retraite profite davantage aux mieux pensionnés qu’aux plus modestes : 19 milliards contre 10.
Fin 2020, dernière année chiffrée, les dispositifs de solidarité représentaient 60 milliards d’euros, soit 20 % des pensions de droit direct, selon les données de la DREES présentées au Conseil d’orientation des retraites. Minima de pension, trimestres gratuits pour les enfants, périodes de chômage comptées comme cotisées : 88 % des retraités en touchaient au moins un. Sans eux, les écarts de pension seraient plus grands que les écarts de salaire, rappelait déjà l’Insee en 2012.
Fin 2024, 17,3 millions de personnes touchent une retraite de droit direct, selon la DREES. Rapportée à la pension, cette solidarité pèse d’autant plus que la pension est faible : 53 % chez le quart le plus modeste, contre 13 % chez le quart le mieux pensionné. Sur le papier, la redistribution va vers le bas.
En euros, le renversement : 19 milliards contre 10
Le raisonnement en euros change tout. La DREES chiffre le paradoxe : la solidarité verse 19 milliards d’euros au quart des retraités les mieux pensionnés, contre 10 milliards au quart le plus modeste.
Le pourcentage trompe. Chez les plus modestes, la solidarité représente plus de la moitié de la pension, mais sur des montants faibles. Chez les mieux pensionnés, elle ne pèse que 13 %, mais sur des pensions élevées. En valeur absolue, le haut de l’échelle capte près du double. Découvrez notre article sur la retraite : la surcote parentale ne sera pas versée à ces 80 000 mères nées après janvier 1964.
Deux dispositifs renversent la redistribution
Deux mécanismes expliquent ce basculement. La majoration de 10 % pour les parents de trois enfants et plus est proportionnelle à la pension : +10 % sur 3 000 € rapporte trois fois plus que +10 % sur 1 000 €. Elle profite aux pensions élevées.
Les départs anticipés pour carrière longue jouent dans le même sens. Ils exigent une carrière complète, que les retraités les plus modestes n’ont souvent pas. Les 5 % les plus pauvres, partis sans taux plein, sont exclus des minima de pension et profitent peu des trimestres gratuits.
Ce qui change pour les petites pensions
La solidarité recule de génération en génération : elle dépasse 20 % chez les plus de 83 ans, et reste sous 16 % pour les personnes nées après 1947. Les femmes des jeunes générations ont des carrières plus complètes, les droits familiaux jouent moins.
La solidarité corrige aussi les écarts femmes-hommes : elle représente 26 % de la pension des femmes, contre 16 % pour les hommes. En 2020, la pension moyenne de droit direct atteignait 1 176 € pour les femmes et 1 957 € pour les hommes, un écart de 40 %.
Plusieurs décisions déplacent l’équilibre. Le minimum contributif, relevé de 100 € par la réforme de 2023, a augmenté la pension de 185 000 nouveaux retraités dès 2024, selon la DREES. Le projet de budget 2027 transforme la majoration pour trois enfants en forfait de 125 €, ce qui déplacerait 1,1 milliard d’euros des hautes pensions vers les basses. Le minimum vieillesse, lui, reste hors du système contributif : 300 000 retraités éligibles ne le demandent pas par crainte de la récupération sur succession.
La redistribution reste massive dans son ensemble. Avant redistribution, l’écart entre les 10 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches est de 1 à 21, selon l’Observatoire des inégalités (données 2021). La solidarité retraite s’inscrit dans cette logique, avec un biais : une part notable de ses 60 milliards remonte vers les pensions les plus confortables. Retrouvez aussi notre article sur la retraite 2026 : vivre seule change le calcul du minimum, et c’est ce détail que beaucoup laissent passer.
